Jean‐Marc Rivière

L’instauration à Florence de la République du Grand Conseil en novembre‐décembre 1494 modifie le statut et la place des Juifs dans la cité. Après avoir été longtemps protégés par les Médicis, les prêteurs juifs et leur entourage voient, dès les premières semaines du nouveau régime, se lever contre eux une vive hostilité: à l’anti‐hébraïsme traditionnel des catégories médianes se superposent le poids des difficultés financières et l’écho du discours savonarolien. Très critique à l’égard de l’usure, le Dominicain place en effet au coeur de son projet de rénovation politique et sociale l’instauration d’un Mont de Piété, ôtant ainsi aux prêteurs juifs grand part de leur justification économique et ouvrant la voie à leur expulsion, actée en décembre 1495. La délicate situation des finances publiques suscite toutefois un intense débat au sein des conseils de gouvernement (notamment des Consulte e Pratiche della Repubblica fiorentina), au terme duquel est offerte aux Juifs la possibilité de rester à Florence en échange du prêt gratuit à la République d’une somme conséquente. Ce retournement montre à quel point le statut des Juifs à Florence pendant la Renaissance est davantage soumis à des facteurs politiques, économiques et sociaux qu’à des considérations strictement religieuses ou raciales.


Keywords: Florence, Renaissance, Savonarole, Juifs