Els Jongeneel (Rijksuniversiteit Groningen)

Le thème central des Villes invisibles (1972) d'Italo Calvino concerne le rapport élémentaire entre l'homme et le réel. De même que dans d'autres ouvrages de sa main (par exemple Marcovaldo, 1966), Calvino utilise le thème de la ville pour examiner le lien ombilical entre l'homme et le monde. Les deux protagonistes du récit, le marchand vénitien Marco Polo et son patron Kublai Khan, l'empereur des Tartares, discutent ensemble sur l'empire décadent où ils se trouvent et sur les moyens dont ils disposent pour l'organiser. Marco soutient la vision 'poststructuraliste'. Il essaie de refaire le réel à partir des différences qu'exhibent les éléments constitutifs. Kublai par contre propage la vision 'structuraliste': il essaie de dominer le monde moyennant des modèles et des figures. Les descriptions des villes utopiques imaginées par le Khan et son gouverneur sont en premier lieu des structures mentales, des produits de l'imagination, invisibles, uniques et fugitives. Dans le présent essai j'examine l'attitude critique de Calvino vis-à-vis de la société contemporaine telle qu'elle se manifeste dans Les villes invisibles, et la façon dont il exploite le récit (forme et fond) pour sonder le réel.