|
Renzo Ardiccioni (ICR – Université de Ker Lann) voglio che il mio popolo cresca forte, che passi le montagne con le sue urla;il popolo degli uomini dicono i sioux L'apparition des indiani metropolitani En 1977, seulement neuf ans après 68, apparaît en Italie un nouveau mouvement de contestation globale aux facettes multiples qui voulait surtout se démarquer, d'un point de vue politique et idéologique, des mouvements précédents. Le mouvement de 77 se présente comme une Hydre multiforme, en raison des diverses composantes qui forment ses tentacules: anarchistes, féministes, ex-hyppies, freaks, sous-prolétaires chômeurs, syndicalistes révolutionnaires, organisations autonomes d'extrême-gauche et même éléments de l'extrême-droite marginale. Un mouvement qu'Alberto Asor Rosa appela la "seconda società", une société déracinée qui s'oppose à la "prima società" productive et formée par des gens intégrés. [1] Le mouvement de 77 fut perçu au début comme un nouveau 68 (Salaris, Il movimento del 77). Mais il résulta rapidement que cette perception n'était pas la bonne, parce que entre-temps tant de choses avaient changé. Entre indiani metropolitani, trasversalisti, maodadaisti, cani sciolti, parodisti, émergea en fait une nouvelle tendance qui récupérait le langage des avant-gardes historiques, en passant par les provocations idéologiques du situationnisme (nombreux d'entre eux avaient lu et assimilé les enseignements de Vaneigem et Debord). Le mouvement de 77 était bien sûr conscient du fait que les temps avaient changé et qu'ils continuaient à changer. Ces années-là, la nouvelle génération prenait de plus en plus conscience du fait que les médias avaient un rôle central et fondateur dans le fait de diffuser une idée où de faire en sorte qu'elle ne le fût pas. C'est pour cela que, mettant en cause le jargon politique le plus traditionnel, ils essayèrent de trouver un nouveau langage et une nouvelle manière d'utiliser la langue et la communication qui pourraient avoir un impact plus efficace. Comme l'a observé Umberto Eco, à partir de cette période les intellectuels se sont trouvés devant une génération qui s'exprimait sur un mode complètement nouveau qui rendait difficile la compréhension de leurs valeurs et de leur projet idéologique. On était complètement devancés et déroutés par cette ironie. Il ne s'agissait pas seulement de langages artistiques. Ce qui auparavant paraissait acceptable comme utopie abstraite, hypothèse de laboratoire, apparaît inacceptable quand elle se présente en chair et en os. C'étaient les mêmes difficultés qu'avait toujours éprouvées la gauche traditionnelle à comprendre ces nouveaux phénomènes, comme par exemple les hypothèses de laboratoire des mouvements d'avant-gardes, auxquelles ils opposaient la raison d'un sain réalisme. Eco écrit dans L'Espresso: Récemment dans une manifestation de rue les étudiants criaient: "Gui et Tanassi sont innocents! Les étudiants sont des délinquants!". C'était une manifestation d'ironie provocatrice. Aussitôt un groupe d'ouvriers, pour manifester sa solidarité, a repris le slogan, mais en le traduisant selon ses propres grilles interprétatives: "Gui et Tanassi sont des délinquants! Les étudiants sont innocents!". Les ouvriers voulaient dire la même chose, mais ils ne pouvaient pas accepter le jeu de l'ironie et ils avaient élaboré de nouveau le slogan en termes réalistes. Non qu'ils fussent capables de comprendre l'ironie mais parce qu'ils ne la reconnaissaient pas comme un moyen d'expression politique. [2] De nombreux sujets sociaux apparaissaient à l'horizon. A ce moment-là, il s'agissait plutôt de voir comment un projet abstrait et littéraire d'expression subversive (du langage au comportement) pouvait rencontrer d'une part le processus de diffusion des mass-media et, d'autre part, une situation historique et économique déterminée. On était dans une situation où le "moi dissocié", le "sujet fragmenté", le syndrome de l'apatride et la perte de l'identité ont cessé d'être hallucination expérimentale ou préfiguration de laboratoire et se sont transformés en réelle condition psychologique et sociale pour une grande partie de la population. Dans les années 60, à l'époque du boom économique, les courants de contre-culture - auxquels étaient liés les communautés hippies et le mouvement étudiant, soutenus par de nombreuses revues comme Re Nudo, Muzak, Gong, etc. - malgré leur caractère antagoniste avaient cependant réussi à exprimer sécurité et confiance dans un avenir radieux et des lendemains qui chantent. Précisément pour cette raison de tels mouvements représentaient sans aucun doute l'autre facette de la société du bien-être. Mais, dans la décennie suivante le cadre de référence économique et politique changea radicalement, à cause du choc pétrolier, et il se profila alors un scénario qui laissait transparaître un futur incertain et souvent sombre. Les étudiants de 68 étaient en majorité des enfants de la bourgeoisie, [3] ceux de 77 étaient pour la plus part des "étudiants-travailleurs" dont la perspective était le chômage et la précarité. La fracture de la société est maintenant visible: à une couche sociale de privilégiés garantiti s'opposent les non-garantiti, les travailleurs en situation de précarité, les chômeurs, les "étudiants-travailleurs" (Asor Rosa). En ce qui concerne la composante idéologique, les groupes extraparlementaires historiques avaient subi une crise profonde vers le milieu des années 70, juste après l'importante victoire du Parti communiste italien. Il y avait eu aussi un important "riflusso", un désengagement, un recul dans le milieu de la contre-culture. En fait, le dernier grand festival pop de 1976 au Parco Lambro de Milan organisé par la revue Re Nudo, avait révélé de nombreuses fractures entre les groupes et les groupuscules de participants ainsi que de nombreux problèmes d'organisation dans ce qui avait dû être une fête politique collective. L'année suivante, en juin 1977, fut organisé sur un mode quasi confidentiel, par le bouche à oreille (ce qui peut rappeler les modalités d'organisations des rave-parties aujourd'hui), toujours par la revue Re Nudo, un autre rassemblement à Guello sur le lac de Côme. Cette fois-là l'événement passa inaperçu de tout le monde. Il y eut peu de participants, mais cette manifestation signe le début d'une très importante inversion de tendance. Pour la première fois très peu d'espace fut dédié à la politique, mais la revalorisation de la sphère privée et aussi du sacré fut beaucoup évoqué à l'intérieur du mouvement des jeunes. Les organisateurs, parmi lesquels Marina et Andrea Valcarenghi, qui avaient milité pendant des années dans le mouvement étudiant ainsi que dans les organisations d'extrême-gauche, manifestèrent à ce moment-là leur intention de se dissocier définitivement de la politique pour se diriger plutôt vers de nouvelles sphères spirituelles (à cette époque-là partir en Inde pour un voyage initiatique et purificateur était très à la mode), constituant ainsi le premier noyau des "arancioni" (du nom de la couleur de leur vêtement) et ouvrant la porte à tous les mouvements d'inspiration orientale ultérieurs qui vont des bouddhistes aux différentes sectes new age, en passant par les hare-krishna. Entre-temps s'était développé le mouvement des autonomes qui, partant des usines, s'était propagé sur tout le territoire. Le mouvement de l'Autonomie, soutenu par les revues Potere Operaio, Rosso et Autonomia donnait de la place à de nombreux éléments parmi les plus divers. Par ce concept d'"autonomia" ses partisans entendaient prendre leurs distances par rapport aux partis de la gauche traditionnelle. Il comprenait dans sa structure aussi bien des franges de sous-prolétariat que des extrémistes de droite. C'est dans ce climat que s'étaient formés les Circoli proletari giovanili lesquels, portés par l'urgence et le désir d'une nouvelle façon de faire de la politique, mettaient au centre de leur préoccupations la priorité des besoins, en récupérant la fête et le concert rock comme des espaces "alternatifs" (c'était le mot-clé) de socialisation. Et en pratiquant aussi de nouvelles formes de contestation paradoxale [4] ils proclamaient le "droit au luxe", le "caviar gratuit pour tous" et le "désir du superflu". Les circoli proletari refusaient ainsi la politique des sacrifices qui était souvent le refrain de tous les partis politiques traditionnels, politique qui ne touchait presque jamais les classes aisées, mais surtout les masses populaires. Il y eut deux ou trois épisodes importants qui annoncèrent l'émergence du phénomène des indiani metropolitani. Le premier fut en décembre 1976: un grand happening du "proletariato giovanile" (ainsi l'appelait-on, peut-être pour le distinguer d'une image désormais désuète d'un prolétariat ouvrier digne d'un musée néoréaliste). A l'Université d'Etat de Milan (Statale), à cet happening fut convoquée toute la "jeunesse créative" au cri de "Nous avons déterré la hache de guerre!", comme on pouvait le lire sur le tract-manifeste diffusé à cette occasion. [5] S'ensuivit une vive contestation à la première de la Scala de Milan qui représentait depuis toujours la vitrine de la bonne société italienne. Dans cette vague de rébellion confluaient les expériences et les réflexions des années précédentes: le dépassement de l'opposition entre sphère publique et sphère privée (c'est-à-dire l'idée féministe du personnel = politique), le rejet de l'engagement politique perçu comme un volontarisme aliénant, la critique des hiérarchies, le "refus du travail" comme unique dimension de l'existence, voire même, dans les franges les plus radicales, le refus du travail tout court. [6] D'autres valeurs étaient diffusées comme le refus de réduire la vie aux intérêts économiques, le besoin de temps et d'espaces libres pour communiquer et créer selon la dimension de chacun. Le temps et l'espace sont perçus comme les véritables richesses et leur reconquête est indispensable. Il se manifesta alors un désir de "communisme" fait non seulement de "pain" mais aussi de "roses". [7] Mais la chance des indiani metropolitani fut de courte durée. Au cours des mois suivants, la révolte se répandit et s'étendit aussi aux universités, mais elle prit aussitôt une tournure de style politique classique. Ce qui alarma les universités fut une circulaire du Ministère de l'Education Nationale (Ministero della pubblica istruzione) qui tendait à limiter les acquis et les droits obtenus grâce aux luttes de 68. Par la suite, il suffit de l'incursion d'une groupuscule d'extrême droite à l'université de Rome pour mettre le feu aux poudres le matin du premier février. Une soixantaine de provocateurs armés de barres de fer, de matraques, mais aussi d'armes à feu entrèrent dans les facultés de Lettres et de Droit en scandant des chants et des slogans fascistes. Un coup de feu blessa gravement l'étudiant Guido Bellachioma. En retour la faculté des Lettres fut aussitôt occupée par des militants de gauche et la révolte fit aussi tache d'huile dans les autres villes italiennes. La plus grande difficulté fut de faire cohabiter les deux natures du mouvement 77 qui étaient en train de s'affirmer. En fait, il y avait bien un mouvement composé de deux natures: l'une créative, ironique, goguenarde, ludique, à Bologne; et une autre plus sombre, nihiliste qui se manifestait surtout à Rome et Milan. La fraction la plus créative trouvera sa place dans les nouvelles stations de radio (Radio Alice, à Bologne sera leur référence) et de télévisions "libres" qui apparaissaient à l'époque et qui n'étaient pas encore récupérées par le marché qui en ferait bientôt des télévisions et des radios "privés". La fraction la plus dure du mouvement s'exprimera majoritairement dans des organisations extraparlementaires traditionnelles, avant que les plus extrémistes d'entre eux ne soient récupérés par des mouvements de lutte armée. Les difficultés à cohabiter furent tellement insurmontables qu'on en arriva rapidement à un divorce. Les 26 et 27 février 1977, à Rome, il y eut un rassemblement national des étudiants. Ce fut la répétition générale de ce qui devait arriver peu après, le "riflusso", le retour en arrière, le désengagement politique de la part d'une génération qui croyait de moins en moins aux grands idéaux et aux lendemains radieux de la génération précédente. C'était un chaos total: on ne savait pas qui était délégué et qui participait à titre personnel. De nombreux membres d'extrême-droite infiltrèrent l'assemblée, ainsi que des provocateurs et des curieux de toute sorte. Tous cependant avaient le droit de vote, ceux qui intervenaient devaient souvent affronter les sifflets, les chants, les slogans, les cris. Les féministes et les indiani abandonnèrent l'assemblée en dénonçant un climat d'agression et de violence hallucinante qui ne permettait pas d'exprimer quoi que ce soit. Avant d'abandonner le rassemblement national du mouvement universitaire, les indiani metropolitani diffusèrent un communiqué: Noi, indiani metropolitani e gli emarginati, denunciamo e rifiutiamo l'allucinante clima di violenza e prevaricazione creatosi in questa assemblea in cui tutta la forza, la fantasia e la creatività del movimento è stata soffocata, violentata e distrutta da un modo di fare politica che non ha niente di diverso, se non negli slogans contrapposti, cioè rumore contro rumore, dalla politica praticata da chi odiamo e vogliamo distruggere. La penetrazione degli altoparlanti, la prevaricazione di chi è più tozzo e maschio, la violenza contro gli emarginati, che
rifiutano di esserlo anche nel movimento, sono gli ultimi e violenti sussulti di un mostro che sta morendo e speriamo lo faccia
in fretta e saremo noi a praticargli l'eutanasia.Denunciamo con tristezza ma soprattutto con rabbia il tentativo di ridurre
le espressioni di creatività del movimento a semplici fatti di folklore e abbellimento per nascondere quanto di vecchio marcisca
ancora fra di noi. Abbiamo l'impressione, che sta diventando sempre più certezza, che il Nuovo faccia paura a molti; faccia paura soprattutto a chi tenta di cavalcare il movimento, con le solite vecchie armi della prevaricazione organizzata, con le mani a corna o a pistola, disponendosi nell'aula come se fossimo nel parlamento borghese. Noi chiediamo che i gruppi parlamentari prevaricatori vengano sciolti, in caso contrario noi dichiariamo sciolto questo parlamento
il cui fine non è altro che offrire uno splendido materiale di calunnia ai pennivendoli della borghesia. Dans le langage de ce communiqué on perçoit quelques échos futuristes. Par exemple, dans cette phrase: "Avec tristesse mais surtout avec colère, nous dénonçons la tentative de réduire les expressions de la créativité du mouvement à de simples manifestations folkloriques destinées à embellir et cacher tout ce qu'il y a de vieux, de pourri parmi nous". L'empreinte de l'idéologie futuriste transparaît surtout dans le choix d'opposer le "nouveau" créatif et libérateur, et un "vieux" oppressant et putrescible. Toutefois, on y lisait aussi différentes formules quasi bureaucratiques appartenant à une politique plus traditionnelle. Le communiqué s'ouvrait sur une dénonciation et se concluait sur une espèce de sommation qui n'avaient rien à voir avec un langage nouveau et créatif: "Noi [...] denunciamo e rifiutiamo [...] Diffidiamo a intervenire [...]". Cela se concluait au contraire par une retraite et une fermeture qui étaient bien loin des élans futuristes. C'est par contre lors du rassemblement contre la répression, du 23 au 25 septembre à Bologne, que le mouvement exprimera au mieux ses énergies vitales et ses élans créatifs. Mais ce sera son chant du cygne. Du mythe de la communication analogique au mythe de l'information digitale, entre vieilles et nouvelles avant-gardes Du 23 au 25 septembre, à Bologne, se déroula le rassemblement contre la répression, le "Convegno contro la repressione". Le Pci, pour sa part, accepta comme un défi que le rassemblement se déroulât à Bologne. Dans cette ville qui est sa vitrine, il veut démontrer que tout le monde a droit à la parole et que sa bonne administration peut offrir toute la logistique nécessaire: repas à prix réduits (on parlait à l'époque de "prezzo politico"), transports, campings, services, toilettes pour les 100 000 jeunes qui arrivaient de toute l'Italie. Du reste, le Pci a maintenant abandonné la "théorie du complot", à la suite de quoi nombre de ses dirigeants ont reconnu que le parti n'avait pas affronté comme il convenait le mouvement de 77. Achille Occhetto, responsable du Pci pour l'Education, propose d'ouvrir une franche discussion avec ceux qui pensent différemment, y compris parmi les franges les plus radicales. Massimo D'Alema, secrétaire de la Fgci (Federazione giovani comunisti italiani), affirme qu'il est nécessaire de comprendre les vraies raisons du mouvement de 77. Gerardo Chiaromonte affirme que le Pci est très en retard. Fabio Mussi reconnaît que le Pci ne peut avoir de préjugés hostiles à un phénomène de société qui naît de la crise du principe d'autorité. Enrico Berlinguer, lui, dans son discours de clôture de la Festa dell'Unità à Modène, le 18 septembre avait déclaré que ce ne seraient certes pas de "poveri untorelli" qui déstabiliseraient Bologne, ce qui signifiait, outre la confirmation d'un jugement négatif évident sur le mouvement, l'acceptation du défi d'accueillir le rassemblement à Bologne. Toutes les composantes du mouvement se présentent au rassemblement: de l'Autonomia plus radicale aux partis de la Nouvelle gauche en passant par les indiani metropolitani. Les fractions les plus politisées se confrontent, ou plutôt s'affrontent, voire même physiquement, au cours de l'assemblée au palais des sports. Chaque fraction participe à l'affrontement dans un état d'esprit très sectaire qui ne laisse aucune place à l'ouverture. Les différents éléments de l'Autonomie s'allient et expulsent les autres organisations qu'ils considèrent comme la droite du mouvement: Mls (Movimento lavoratori studenti), puis Ao (Avanguardia operaia) et enfin Lc (Lotta continua). L'assemblée montre l'incapacité de la classe politique à envisager des perspectives politiques concrètes. Plus intéressante est l'expérience vécue par les milliers de jeunes qui dans les rues de Bologne improvisent diverses formes d'animation, de théâtre de rue, de culture alternative, diffusant des dizaines de revues, fanzines et de tracts du mouvement. La fracture entre l'aspect politique et l'aspect culturel est nette. La fin politique du mouvement de 77 a en effet lieu à Bologne, dans l'incapacité de prendre des décisions alors que l'héritage culturel sera beaucoup plus consistant et donnera vie à des revues comme Il Male, Frigidaire, Cannibale, des groupes de "rock démentiel" comme les Skiantos, qui se distingueront par leur sens de l'ironie et de la satire. Un autre héritage du mouvement est aussi la critique des formes traditionnelles de l'activité politique, l'esprit libertaire et la découverte de l'écologie et de l'antinucléaire que l'on retrouvera plus tard dans les mouvements anti-mondialistes ou alter-mondialistes. D'autre part, la répétition générale de ces nouvelles techniques de propagande et de communication publicitaire que furent, en un certain sens, les happenings de groupes contestataires comme celui des indiani metropolitani représentèrent aussi un tremplin pour le désengagement politique des années 80 et 90. Leurs slogans, leur ironie, le caractère folklorique de leur communication, sarcastique et satirique, seront par la suite des éléments dont on se resservira, et qui, à travers les nouveaux réseaux de communication privés, ouvriront la porte à la politique-spectacle et au berlusconisme. La caractéristique principale du mouvement des indiani metropolitani se retrouve dans la variété de ses éléments qui ont, certes, une provenance sociale hétérogène mais aussi une provenance géographique différente, dans le pays du campanilismo où l'origine régionale reste un facteur très important, même pour des mouvements qui aspirent à une dimension internationale. [9] C'est donc pour cela que les expériences de Bologne, Milan, Rome, Naples, etc. ont eu des connotations originales très diverses. Les indiani metropolitani revendiquèrent donc leur appartenance à un territoire propre, tout en dénonçant la ghettoïsation comme les indiens d'Amérique l'avaient eux aussi subie un siècle auparavant. Les premiers signes du mouvement des indiani étaient arrivés des Circoli proletari giovanili de Milan lesquels avec leur manifeste "Nous avons déterré la hache de guerre !" [10] avaient relancé un état d'esprit déjà palpable à la Festa del Parco Lambro en juin 1976. De ce cri de guerre on fit de nombreuses hybridations dans les différents secteurs de la contestation. En 1977, les hybridations furent telles et tellement nombreuses qu'il fut le plus souvent difficile de s'y retrouver. [11] Les indiani metropolitani, nés comme véritables sujets politiques au sein de la "Commissione emarginati" pendant l'occupation de l'université de Rome, étaient formés pour la plus part d'étudiants, artistes, intellectuels, mais aussi de prolétaires, ainsi que d'exclus et de marginaux. Mario Appignani, alias "Cavallo Pazzo", qui était passé par de dures expériences personnelles de marginalité et d'emprisonnement, s'autoproclama leader actif du mouvement, sans que personne ne cherche à contester son leadership. Son habileté dans les happenings et les performances était indubitable. [12] Il y avait des artistes comme Olivier Turquet (alias "Gandalf il viola") ou Pablo Echaurren, collaborateur à la revue Oask!? puis dessinateur pour Frigidaire, qui revendiquèrent leur filiation futuriste, leur redécouverte poétique et politique du futurisme italien. [13] De nombreux fanzines "indiani" naquirent à cette époque. [14] Parmi les plus connus, il y avait A/traverso de Bologne, Oask!?, Wam et Zut de Rome, Wow de Milan. Puis, d'autres sortirent qui se distinguèrent des précédents en devenant satire de la satire, une espèce de jeu de poupées russes: Altrove, A/prescindere, Abat-jour. Tous ces fanzines et revues, par leurs rédacteurs (Maurizio Gabbianelli, Massimo Terracini, Carlo Infante, Massimo Pasquini, etc.) s'inspiraient plus ou moins des règles de la poétique futuriste. [15] Voici quelques exemples extraits des pages des revues du mouvement des indiani: [16] Parodie de léninisme: Abbiamo visto le mille immagini frantumate e ingiallite dei vostri volti decomposti dalla MILIZIA INDIANA... [...] IL GIOCO NON CI VA... UACCIUARIUARIUÀ [...] DIFFIDATE DELLA REALTÀ... DIFFIDATE DELLO STATO DI AGGREGAZIONE PRESENTE!! [...] il nostro leninismo ci dà la gioia di poter scendere dal treno blindato e andare autonomamente a piedi... Onomatopées futuristes: Ho assaltato l'armeria che calibro come si carica via via la falsa via via la nuova. FLASH candelotto. FLASH candelotto. TAPUM? TAPUM sparano. TAPUM TAPUM spari ma non ti vedo da dietro le teste. Pesa porca miseria pesapesa per correre pesa per scappare. Buttalo stronzo buttalo. Via via la falsa via via la nuova. SQUASC nel Tevere. Guerre futuriste: Sì tu violenza detonazione crollo sparire via [...] ma via via via [...] funeralerura cadaveletruta ritmunebre putrevermisterio [...] kryxyulpv... via via... qui tu cataclismoto meccarigidato tascabile qui spaccraniumb liberruzione distraripoltramento qui qui qui REVOLVERISSIMO! [17] Parodie du marxisme: E voi che cercate di ricomporre la classe attorno al vostro bisogno di marxismo missionario siete avvertiti la classe si scompone sotto i vostri occhi incapaci L'AUTONOMIA OLTRE GLI AUTONOMI e poi si ricompone seguendo l'unico ordine dell'ormai antico filo di Arianna e poi si scompone di nuovo in un groviglio di fili senza alcun senso per voi logico [...] DESIDELIRIO SEMPRE!! Entre Dada et vitesse futuriste: Strani bagliori si disegnano nel cielo... sinistri lampi accecano le menti dei semplici: tempeste magnetiche si preannunciano? Questi sono giorni decisivi... PER NOI IL TEMPO SCORRE VELOCISSIMO... OGNI GIORNO ANNI LUCE. IL DESIDERIO HA SCONVOLTO L'ORDINE CODIFICATO DI ESISTENZA. [...] WAM è soggetto, tempo liberato che distrugge l'ordine separato di esistenza. WAM è testo in movimento, scrittura che cessa di muoversi nella separatezza dell'arte. WAM è DADA, WAM è una strega. WAM urla, teorizza, crea, delira, si strugge, distrugge [...]. WAM è lo spettro della disgregazione che vi soffia tra i capelli, WAM sono io. Fuori dal tempo vivide aurore si disegnano nell'etere: i Vascelli Alieni sono già oltre il presente... Mythe de l'aéroplane futuriste: Noi ritagliammo i nostri aeroplani futuristi nella tela color d'ocra dei velieri. Alcuni avevano ali equilibranti e portando i loro motori, s'innalzavano come avvoltoi insanguinati che sollevassero in cielo vitelli convulsi. [...] E si parte, nell'ebbrezza di un'agile evoluzione, con un volo vivace, crepitante, leggiero e cadenzato come un canto d'invito a bere e a ballare. Entre culture apache et féerie: Mi chiamo Gandalf il Viola. Parlerò a titolo strettamente personale. Perciò parlo a nome degli Elfi del bosco di Fangorn, dei Nuclei Colorati Risate Rosse, del MPFA (Movimento Politico Fantomatico Assente) delle Cellule Dada Edoniste, di Godere Operaio e Godimento Studentesco, dell'Internazionale Schizofrenica, dei NSC (Nuclei Sconvolti Clandestini), della Tribù di Cicorio, dei Cimbles e di tutti gli indiani metropolitani. Le mouvement était aussi accompagné par les notes et les commentaires diffusées par plusieurs radios libres. Parmi les plus connues, il y eut Radio Alice de Bologne, Radio Città Futura de Rome et Controradio de Florence, aux micros desquelles quelques théoriciens comme la transgender Helena Velena ou Franco Berardi (alias Bifo) purent donner en quelque sorte une direction au mouvement en important en Italie les idées de penseurs français comme Michel Foucault, Gilles Deleuze, Félix Guattari. [18] Le mouvement de 77 eut une connotation assez ludique, en particulier à Rome et à Bologne, en se rattachant aux avant-gardes historiques et à leur goût pour la provocation, et pour le dépassement de l'opposition entre art et vie. Un fil rouge semble vraiment unir les futuristes italiens aux indiani metropolitani. Comme l'avaient déjà fait leurs prédécesseurs, ces derniers - à travers les jeux de mots, les anti-slogans, l'amour pour le paradoxe et pour la farce, bref, par l'ironie et par l'humour - vont aussi essayer de produire de nouvelles formes d'art et de littérature, des performances pour démonter l'ordre du discours des médias et du pouvoir constitué. [19] La naissance même du futurisme avait été un acte médiatique. Filippo Tommaso Marinetti imprima son manifeste dans un tract qu'il adressa ensuite à la presse internationale, "en transformant l'annonce même d'un événement en un événement à part entière" (Lista 289). En effet, ce qui avait caractérisé le surgissement du futurisme, c'était le fait d'apparaître au monde non pas sous la forme d'une oeuvre déjà réalisée mais sous la forme d'un manifeste, c'est-à-dire d'un objet publicitaire annonçant l'apparition d'une marque artistique, les oeuvres estampillées de cette marque demeurant encore à venir. Mais surtout, la recherche des futuristes dans le domaine des mass-media les plus modernes s'est basée sur une constatation de la fin du statut ontologique de l'art. C'est pourquoi Marinetti a proclamé "l'avènement d'une esthétique de l'éphémère" (Lista 289). L'art n'étant plus destiné au musée, il devient une "pratique sociale". Sa nouvelle fonction "permet à l'artiste moderne non plus d'interpréter le processus de transformation de la société, mais d'y participer directement en devenant l'un des acteurs de cette modification constante de la réalité qu'engendre le nouveau monde de la métropole, de la machine, de la vitesse" (Lista 289). Dès lors "le futurisme a toujours travaillé en termes de communication" (Lista 289). Les indiani metropolitani s'étaient aussitôt distingués, pendant l'occupation de l'Université de Rome, par leur détachement polémique par rapport aux autres commissions rivées sur les paradigmes de la politique. Ils avaient joué justement sur la confusion entre avant-garde et tradition, politique et anti-politique. L'opération se déroula à plusieurs niveaux: le premier, le plus déterminant, consistait à inventer des slogans, à les faire lancer dans les assemblées par celui qui avait la plus grosse voix ("Beccofino" Grechi fut leur mégaphone) et à les écrire à la bombe et sur des dazibaos. A un autre niveaux, il s'agissait d'accomplir des actes exemplaires comme, par exemple, organiser des cortèges, en file indienne, où chacun lançait le cri "Oask!?" en l'associant à un mouvement particulier des bras, comme pour nager, ou encore à se faire du thé (ou le carcadé) dans le cortège, ou bien à organiser des "sabbats" au Panthéon (une sorte de rave avant la lettre), où à appliquer sur leur bouche des pansements. Par milliers ils se grimaient et dansaient dans le plus grand désordre au cri de "ea ea... ea ea... ha! ha!". Les médias, les journaux et les télévisions n'attendaient pas autre chose. Les indiani metropolitani mettaient de la couleur et faisaient parler d'eux. Ainsi que l'écrit Carlo Infante: "Ce fut aussi pour ça que notre groupe, rapidement, en l'espace d'à peine deux mois se dissout comme groupe actif dans le mouvement de 77: il ne se reconnaissait pas dans la logique de masse, il aimait inventer des langages-comportement et chercher d'autres espaces pour élaborer sa poétique particulière d'intervention. C'est ainsi qu'en mai, avec l'occupation de la maison de via dell'Orso 88, la "maison du désir", le mouvement trouva un espace pour vivre et produire. Ce lieu fut en effet davantage un creuset de bouillonnement créatif qu'une communauté hippy. Déjà dans Oask!? nous signions 'Indiani Metropolitani en dés/agrégation'. Nous revendiquions notre dimension moléculaire et psychonomade. Un peu aristocratique mais heureusement auto ironique". La flambée joyeuse des indiani metropolitani fut de courte durée et s'éteignit rapidement en même temps que le mouvement de 77. A partir de ce moment-là, les langages du militantisme politique se mélangèrent. La récupération de certaines valeurs traditionnelles (écologie, antinucléaire, campagne,...) allaient de pair avec l'intégration de valeurs plus modernes (technique, médiatisation, ville,...) tout comme les valeurs de strapaese et stracittà avaient été en même temps présentes dans le mouvement futuriste du début du XXe siècle. Tout se mélangea et commença l'ère des hybrides. Il devint impossible de distinguer l'éthique et l'esthétique. La "babel" de signes et de messages annonçait la condition postmoderne (Lyotard). La saison du riflusso commença ainsi et plusieurs éléments furent intégrés dans la politique traditionnelle ou bien dans le monde des médias et de la publicité (qui bientôt deviendrait politique aussi). D'autres s'égarèrent dans le monde de la drogue ou de la lutte armée. D'autres encore restèrent simplement des marginaux ainsi qu'ils l'avaient toujours été. [20] Mais pour certains débuta aussi la nouvelle ère de la "mutation" télématique (Dagnino; Alfano Miglietti). Parmi eux nombreux sont ceux qui se sont fait un nouveau corps digital à l'intérieur des réserves virtuelles sur internet. [21] Comme le souligne Carlo Infante "dans l'agitation diffuse, le fait d'être projeté dans une révolution anthropologique, qui se précise aujourd'hui seulement avec l'avènement du digital, était perceptible: du fait de l'émergence de nouveaux processus cognitifs non linéaires. Synaptiques comme notre imaginaire. Le jeu libre des associations, des idées, une sorte d'automatic thinking de libre énergie créative. Des potentialités qui trouvent aujourd'hui une forte résonance dans la navigation sur internet". En soulignant l'importance des espaces autonomes parallèles, des tribus, des réserves qui permettent de se soustraire aux pouvoirs dominants les indiani metropolitani ont anticipé, par leur utilisation non conventionnelle des moyens de communication à disposition, les taz (temporary autonomous zones), c'est-à-dire les groupes autonomes temporaires en dissolution informatique continue. Ils anticiperont donc d'une quinzaine d'années les communautés artistiques in progress qui se retrouvent plus tard dans les territoires provisoires, dans les réserves virtuelles, dans les espaces de liberté nomade, dans les interzones annoncés et recommandés sur internet par Hakim Bey, le gourou de la cyberculture au fil des années 90. [22] En outre, leur tentative d'associer l'étique à l'esthétique, la politique à l'art, par leurs messages parfois insensés et contradictoires, a anticipé aussi le passage d'une culture de la communication à une culture de l'information. Les indiani metropolitani ont été les derniers représentants d'une culture analogique de la communication et ils ont, parmi d'autres, ouvert la porte au chaos d'une culture digitale de l'information, dont chacun de nous peut voir les effets aujourd'hui. [23] Ouvrages cités Alfano Miglietti, Francesca. Identità mutanti. Genova: Costa & Nolan, 1997. Appignani, Mario. Un ragazzo all’inferno. Roma: Napoleone, 1975. Ardiccioni, Renzo. Culture cybernétique en Italie: histoire et perspectives. Lille: ANRT, 2004. Asor Rosa, Alberto. Le due società. Torino: Einaudi, 1977. Balestrini, Nanni, et Primo Moroni. L’orda d’oro. Milano: SugarCo, 1988. Berardi, Franco, et Veronica Bridi. 1977, L’anno in cui il futuro incominciò. Bologna: Istituto Gramsci Emilia Romagna, 2002. Berardi, Franco. Internet e il futuro della comunicazione. Roma: Castelvecchi, 1995. ---. Politiche della mutazione. Immaginario cyberpunk nel paesaggio paradigmatico. Milano-Bologna: Synergon, 1991. Bey, Hakim. TAZ. The Temporary Autonomous Zone. New York: Autonomedia Anti-copyright, 1985. <http://www.hermetic.com/bey/taz_cont.html>. Black, Bob. The Abolition of Work. New York: NSP, 1997. Calvesi, Maurizio. Avanguardia di massa. Milano: Feltrinelli, 1978. Calvi, Fabrizio. Italie 77. Le “Mouvement”, les intellectuels. Paris: Editions du Seuil, 1977. Culicchia, Giuseppe. Il paese delle meraviglie. Milano: Garzanti, 2004. Dagnino, Arianna. I nuovi nomadi. Pionieri della mutazione, culture evolutive, nuove professioni. Roma: Castelvecchi, 1996. Debord, Guy. La société du spectacle. Paris: Buchet-Castel, 1967. Deleuze Gilles, et Félix Guattari. L’Anti-Oedipe, capitalisme et schizophrénie. Paris: Minuit, 1972. Di Nallo, Egeria. Indiani in città. Bologna: Cappelli, 1977. Echaurren, Pablo. Parole ribelli. I fogli del movimento del 77. Roma: Stampa Alternativa, 1997. ---. Volantini italiani. Frammenti italiani del Ventesimo secolo. Bertiolo: AAA Edizioni, 1997. Eco, Umberto. “C’è una nuova lingua, l’italo-indiano.” L’Espresso 14 (1977). ---. Sette anni di desiderio. Milano: Bompiani, 1983. Goldberg, Roselee. Performance Art from Futurism to the Present. London: Thames & Hudson, 1988. Traduction française de Christian-Martin Diebold. La performance du futurisme à nos jours. Paris: Thames & Hudson, 2001. Grispigni, Marco. Il Settantasette. Milano: Il Saggiatore, 1997. Gruber, Klemens. L’avanguardia inaudita. Genova: Costa & Nolan, 1997. Lista, Giovanni. Futurisme: manifestes, documents, proclamations. Lausanne: L’Age d’Homme, 1973. ---. Le futurisme. Création et avant-garde. Paris: Les Editions de l’Amateur, 2000. Lucini, GianPietro. Revolverate. Milano: Edizioni di Poesia, 1909. Lyotard, Jean-François. La condition postmoderne. Paris: Les Editions de Minuit, 1979. Marinetti, Filippo Tommaso. La guerra elettrica. Milano: Edizioni di Poesia, 1910. Palandri, Enrico. Boccalone. Milano: L’erba voglio, 1979. Pasolini, Pier Paolo. Scritti corsari. Milano: Garzanti, 1975. Ravera, Lidia, et Marco Lombardo Radice. Porci con le ali. Roma: Savelli, 1976. Ronchey, Alberto. C’est arrivé en Italie, la crise 1968-1977. Paris: Fayard, 1977. Salaris, Claudia, et Pablo Echaurren. Controcultura in Italia 1967-1977. Torino: Bollati Boringhieri, 1999. Salaris, Claudia. Dizionario del futurismo. Roma: Editori Riuniti, 1996. ---. Il movimento del 77. Linguaggi e scritture dell’ala creativa. Bertiolo: AAA Edizioni, 1997. Vaneigem, Raoul. Traité du savoir-vivre à l’usage des jeunes générations. Paris: Gallimard, 1967. Velena, Helena. Dal cybersex al transgender. Tecnologie, identità e politiche di liberazione. Roma: Castelvecchi, 1995. Weisberger, Jean. Les avant-gardes littéraires au XXe siècle. Budapest: Akadémiai Kiadò, 1984. Articles, documents, manifestes AA.VV. "Abbiamo disotterrato l'ascia di guerra." Wow, décembre 1976. AA..VV. Circoli proletari giovanili di Milano. "Sarà un risotto che vi seppellirà." Squi/libri, février 1977. AA.VV. Collettivo A/Traverso. "Alice è il diavolo. Sulla strada di Majakowskij: testi per una pratica di comunicazione sovversiva." Milano: Edizioni L'Erba Voglio, 1976. AA.VV. "Comunicato degli indiani metropolitani all'assemblea nazionale del movimento universitario." Roma, 26-27 février 1977. AA.VV. "Lingue e linguaggi degli indiani metropolitani." DeriveApprodi 15, novembre 1997. AA.VV. "Settanta7. Dissocupate le strade dai sogni!" Torino: Cric editore, 1977. Ardiccioni, Renzo. "La médiatisation en littérature: le passage de l'expression analogique à l'expression digitale et l'influence du futurisme italien sur les nouvelles formes techno-poétiques." Commposite v, 2003.2, <http://commposite.org>. Hellemans, Frank. "Towards Techno-Poetics and beyond - The emergence of modernist avant-garde poetics out of science and media-technology." <http://www.brakkehond.be/redactie/techno1.html >. Infante, Carlo. "Dada dappertutto." <http://www.deriveapprodi.org/estesa_rivista.php?id=49>]. Maragnani, Laura. "Indiani sì, ma niente assalto alla diligenza." Panorama, 14 mars 2002. Marinetti, Filippo Tommaso. "Supplemento al manifesto tecnico della letteratura futurista." manifeste futuriste (tract), 1912. Miredi, Antonio. "Il corpo digitale." Ariele Magazine, janvier 1998.
Notes
|




